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La fois où Max Doré a failli devenir citoyen chinois pour financer UNDZ...

13 mars
4 min de lecture

Quand tu lances une entreprise, tu rêves d'une seule chose : que ça explose. Tu veux des commandes, tu veux de la croissance, tu veux voir ta marque partout. Mais ce qu'on ne te dit jamais dans les écoles de commerce, c'est que la croissance rapide, c'est souvent ce qui tue une startup.



Max Doré avec la chine UNDZ 2012


Dans les débuts de ma marque de vêtements UNDZ, la croissance était tellement fulgurante qu'il était devenu difficile, voire presque impossible, de financer notre propre expansion. Voici l'histoire complètement folle de la fois où j'ai voulu devenir résident chinois pour sauver ma compagnie.


Le cauchemar des liquidités (le fameux Cash Flow)


À l'époque, les grosses commandes rentraient à la pelle. Des chaînes majeures comme Amnésia, Empire, West 49 et Simons voulaient notre gear. Sur papier, on était riches. Dans la vraie vie, on étouffait. Voici comment fonctionne l'industrie du vêtement avec les gros joueurs :


  • La production : Quand tu reçois une grosse commande, tu dois déposer 50 % du total en argent comptant à l'usine pour que la production commence.

  • La livraison : Une fois les vêtements prêts, tu dois payer l'autre 50 % pour que l'usine libère la marchandise et que tu puisses livrer ton client.

  • L'attente interminable : Une fois le stock livré chez le grand distributeur (comme Simons ou West 49), ces géants se donnent généralement entre 90 et 120 jours pour te payer.


Faites le calcul. En gros, tu dois avancer et assumer des millions de dollars pendant des mois à la fois. Pour une entreprise établie depuis des années, la marge de crédit de la banque couvre ça. Mais pour une jeune startup qui grandit trop vite ? Aucune banque ne veut t'accorder le crédit nécessaire.


Mon associé et moi, on était tannés de faire des prêts à court terme avec des intérêts d'usuriers qui mangeaient tous les profits générés par nos ventes. Il fallait une solution. Et c'est là qu'est venue « l'idée de Max ».


Le plan : Devenir le joyau de la Chine !


Je suis reconnu pour avoir des idées folles, mais surtout pour avoir le culot de les exécuter.


Nous sommes en 2011. À cette époque, notre production se faisait en Chine. Le pays était déjà l'usine du monde, mais il n'était pas encore le designer de ses propres produits. Presque rien ne sortait de là-bas qui avait été créé et brandé par des Chinois (aujourd'hui, la donne a complètement changé, mais en 2011, c'était la réalité).


J'ai donc pris rendez-vous avec l'ambassade de la République populaire de Chine à Toronto. Mon plan ? Devenir Chinois. 


La proposition que j'allais leur faire était simple et audacieuse : ma famille et moi, ainsi que mon associé et sa copine, allions devenir des citoyens chinois à part entière. Notre marque UNDZ (une startup en feu qui rayonnait mondialement) deviendrait officiellement une startup chinoise. En contrepartie, le gouvernement chinois nous accordait une marge de crédit de production de 5 000 000 $.


Cool, non ? Dans ma tête, c'était un plan en béton.



En jeans et en sandales à l'ambassade


Le jour J arrive. On se présente à l'ambassade à Toronto. Mon outfit pour négocier un deal international de 5 millions de dollars avec une superpuissance mondiale ? Des jeans et des sandales. (Je n'ai toujours aucune idée de ce qui se passait dans ma tête ce matin-là).


Dès que j'arrive sur les lieux, je réalise rapidement le sérieux de la démarche. L'ambassadeur est là en personne, accompagné d'un interprète officiel et d'autres employés du gouvernement. C'est solennel. Le tapis de la pièce est tellement épais et d'une telle qualité que mes sandales disparaissent complètement dedans (ce qui, avec le recul, était une excellente chose).


Je m'assois et je fais ma proposition détaillée au consulat. L'ambassadeur m'écoute très attentivement, le visage impassible, pendant que son traducteur relaie mes paroles en mandarin.


Quand j'ai terminé mon pitch, il prend un long moment pour réfléchir. Puis, il me regarde et me répond ceci :

« Votre idée est très avant-gardiste. Je suis certain que mon gouvernement mettra sur pied ce genre de programme d'ici peu, car c'est notre vision. Mais ce programme n'existe pas pour l'instant. Je peux, si vous le désirez, traduire toute cette demande officielle en mandarin et l'envoyer au gouvernement en Chine. Mais très sincèrement, cela peut prendre 10 ans avant même que nous ayons une réponse. Alors, est-ce que je traduis ? »

La réalité frappe (mais on en rit encore)


J'ai été profondément touché par la gentillesse, le respect et le professionnalisme de cet ambassadeur. Il ne m'a pas pris de haut.


Je lui ai répondu que non, de ne pas traduire pour rien. Le besoin de liquidités de UNDZ était urgent pour survivre à notre croissance, et je réalisais que cette démarche bureaucratique était effectivement beaucoup plus lourde que je ne l'avais imaginé dans mon plan de match. Il m'a remercié pour la visite et nous a souhaité bonne chance.


En sortant de l'ambassade, on s'est retrouvés sur le trottoir à Toronto. Mon associé et moi, on s'est regardés pendant deux secondes, et on est partis à rire aux éclats.


« On a failli être Chinois, mon ami ! »


Finalement, on a trouvé d'autres façons de financer notre croissance, mais cette histoire me rappelle une grande leçon : en affaires, quand la porte de la banque est fermée, il ne faut jamais avoir peur d'aller cogner à celle d'une ambassade. Même en sandales.

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