10 questions pour apprendre à connaître Max Doré
- Équipe Max Doré

- 14 avr.
- 5 min de lecture

1. Quel est le souvenir d’enfance qui t’a le plus façonné — et pourquoi celui-là plutôt qu’un autre?
J'étais un garçon plutôt solitaire. Souvent seul dans ma chambre, à jouer avec mes figurines. J'aimais inventer leurs dialogues, imaginer leurs interactions, construire des mondes que j'étais le seul à habiter.
Mais le souvenir n'est pas que ça.
Ce qui me réchauffe le cœur, rien que d'y penser, ce sont les rayons de soleil qui entraient dans ma chambre. J'amenais toujours mes bonhommes dans ce carré de lumière pour y jouer. La chaleur du soleil sur mes mains, la tranquillité d'une journée d'été — ça m'apaisait d'une façon que je n'aurais pas su expliquer à l'époque.
Et quand j'avais un bobo, ou que j'étais triste, j'allais m'asseoir sur le bord du trottoir pour faire couler du sable entre mes doigts, au coucher du soleil.
J'ai longtemps pensé qu'aucune blessure ne résisterait à ça. J'ai eu tort.
2. Quelle valeur guide réellement tes décisions, même quand personne ne regarde?
Je suis chrétien. Pas seulement par défaut, pas seulement parce que j'ai été baptisé et que ma mère allait à la messe. J'y crois.
Et je dis souvent que si quelqu'un s'en étonne en apprenant la nouvelle — c'est un échec pour moi. Ça veut dire que je n'ai pas été un assez bon exemple. Que mes actions n'ont pas parlé avant mes mots.
C'est exigeant comme baromètre. Mais c'est le mien.
3. Quel est le moment où tu t’es senti devenir un homme — pas par l’âge, mais par l’intérieur?
Secondaire 2. Collège François-Bourrin, à Beauport — aujourd'hui Québec. On revenait d'une journée de ski avec l'école. J'étais aux casiers, en train d'enlever mon habit de neige, sans savoir que ma vie était sur le point de changer.
Je me retourne.
Et devant moi, le nouveau but de ma vie avait un nom : Marie-Claude Léveillée.
Jusque-là, mes grandes ambitions se résumaient à jouer au hockey avec mes amis et construire des cabanes dans les arbres. Des objectifs honnêtes pour un gars de cet âge-là.
Marie-Claude avait elle aussi son habit de neige. Quand elle l'a enlevé pour se changer, elle était en sous-vêtements.
En quelques secondes, j'ai senti quelque chose changer à l'intérieur. Le hockey pouvait attendre. Les cabanes aussi. Il y avait autre chose, maintenant — quelque chose de nouveau, de grand et d'un peu affolant.
J'avais le goût d'être amoureux d'une femme.
4. Quelle est la chose que tu trouves belle chez les gens, même quand eux ne la voient pas?
La fidélité.
Une maman fidèle à ses enfants — c'est ce qu'il y a de plus sexy au monde. Pas sexy dans le sens superficiel du terme. Sexy dans le sens profond, le sens qui dure. Celui qui touche à ce qu'il y a de plus beau chez un être humain.
Un ami fidèle. Un animal fidèle. Cette chose simple et rare qui consiste à rester — quoi qu'il arrive, quoi qu'il en coûte.
La fidélité me fait pleurer. Pas la trahison — la fidélité. Quand je vois quelqu'un faire vents et marées pour un autre, quand je vois quelqu'un rester alors que tout lui donnait le droit de partir — quelque chose en moi se brise en deux. En bien.
C'est peut-être la valeur humaine qui me touche le plus profondément.
Et c'est sûrement celle que je pardonne le moins quand elle est absente.
5. Quel échec t’a le plus appris… et qu’est-ce que tu en retiens encore aujourd’hui?
Mon divorce.
C'est encore dur pour moi, honnêtement. Je ne vais pas prétendre le contraire ni habiller ça de belles phrases pour que ça passe mieux.
Mais j'ai appris quelque chose d'essentiel à travers cette douleur-là : je ne suis pas le centre de l'univers. C'est une leçon que personne ne choisit d'apprendre. Elle arrive quand elle veut, et elle fait mal exactement comme elle doit faire mal.
Merci, Karen. Tu as été un ange avec moi.
6. Si tu pouvais remercier une seule personne qui a changé ta trajectoire, ce serait qui — et pour quoi?
Ma mère.
Pauline — la boomer — m'a aimé sans condition. Elle m'a trouvé drôle quand personne d'autre ne comprenait. Elle m'a donné confiance à une époque où j'en avais besoin sans même le savoir.
Ma mère a été abandonnée par tout le monde.
Et pourtant, elle s'est occupée de moi sans même y penser. Sans calcul, sans martyr, sans attendre quoi que ce soit en retour. Juste comme ça. Parce que c'était son gars.
C'est peut-être la personne la plus forte que j'aie jamais connue.
7. Qu’est-ce que tu cherches vraiment à transmettre à travers tes projets, ton média, tes créations?
J'essaie de mettre sur papier — en mots ou en créations — ce qui se passe dans ma tête.
J'ai de la difficulté à m'endormir depuis toujours. Ma tête n'arrête pas. Elle tourne, elle construit, elle revient en arrière, elle repart. Pas tout ce qui y passe n'est bon — je serais malhonnête de prétendre le contraire.
Mais de belles choses y sont créées aussi.
C'est peut-être le même moteur. Le même bruit qui fait mal la nuit et qui fait quelque chose de bien le matin.
8. Quelle peur t’a suivi longtemps… et comment tu as appris à vivre avec elle?
Je n'ai pas peur de grand-chose qui vient de l'extérieur. La mort, le danger, les autres — ça ne m'a jamais vraiment arrêté.
Mais j'ai une peur bleue de ce qui se passe en dedans.
Les ruptures. Les pertes. Les départs. Ces choses-là me touchent à un endroit que je n'ai pas encore tout à fait apprivoisé. Je n'ai pas réussi à vivre avec ça sereinement — pas encore.
J'y travaille.
9. Qu’est-ce qui te rend fier de toi, même si tu ne le dis presque jamais?
Ma générosité.
J'ai tout donné — au moins dix fois dans ma vie. Et je n'en parle presque jamais. Pas par fausse modestie, mais parce que ça n'a jamais été fait pour être raconté.
Pas seulement des biens matériels. Pas seulement de l'argent. J'ai donné de moi. De mon temps, de mon énergie, de ma confiance — sans attente, sans garder le compte.
C'est peut-être ma plus grande force.
C'est certainement ma plus grande vulnérabilité.
10. Qu’est-ce que tu espères laisser derrière toi — pas comme œuvre, mais comme trace humaine?
Si une seule chose reste de moi un jour — une seule — j'aimerais que ce soit ça.
Qu'il était là. Qu'il les aimait.
Pas l'entrepreneur. Pas le créateur. Pas l'analyste ou l'artiste ou quoi que ce soit d'autre que j'ai pu construire ou tenter de construire dans cette vie.
Un papa présent. Un papa aimant.
Tout le reste, c'est du bonus.






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