La grosse poche de Max (et mon goulag de Charlesbourg)
Malheureusement pour certains, et heureusement pour d'autres, je vous arrête tout de suite : il s'agit d'une poche de camelot.

Petit Max Doré, 7ans (Charlesbourg)
Aujourd'hui, en tant que parents, on a souvent tendance à trop en faire pour nos enfants. On fait littéralement tout à leur place pour leur épargner la moindre souffrance, le moindre effort ou le moindre échec. Ce n'est vraiment pas une bonne chose, et je suis le premier à plaider coupable.
J'ai moi aussi tendance à épargner mon fils. C'est plus fort que moi. C'est comme si j'essayais de racheter quelque chose de mon propre passé en le surprotégeant. Mais laissez-moi vous dire une chose:
"ma mère, la célèbre Pauline la Boomer, n'avait pas du tout ce complexe-là."
Le goulag de Charlesbourg à 4h du matin
J'ai eu ma première job comme camelot pour le journal Le Soleil... à 7 ans !
Nous habitions à Charlesbourg à l'époque. Sans savoir pourquoi (même Pauline ne s'en rappelle plus aujourd'hui), je me suis ramassé avec la run de camelot de mon quartier. Avec le recul et mes yeux d'adulte, ce n'était pas une si grosse charge : j'avais environ 72 portes à faire. Mais pour le petit Max de 7 ans, c'était littéralement l'enfer sur terre.
Je devais me lever avant l'école, à 4h00 du matin, pour insérer les circulaires et les cahiers spéciaux dans le journal. Chaque foutu matin, je pleurais comme un chien battu. J'articulais tout seul, à qui voulait bien entendre le désarroi du grand prisonnier de mon goulag charlesbourgeois.
Et là, on en vient à la fameuse poche. Le sac de camelot était tellement grand et lourd que ma poche traînait littéralement par terre. Je devais la tirer derrière moi comme un traîneau de maison en maison, en rêvant de ma libération future de cette tâche démoniaque.
Le « deal » du Nintendo et le miracle de 5h00 AM
Il y avait quand même un but à toute cette souffrance. Mon père m'avait fait une promesse : j'allais avoir le tout nouveau NES (Nintendo Entertainment System) si je réussissais à réunir la somme de 100 $
(Avec du recul, je crois que la console coûtait exactement 100 $... donc je ne vois pas trop c'était quoi le « deal » de mon père, mais bon, passons !)

Une semaine avant la sortie officielle du NES, j'étais à court de 20 $. J'étais désespéré.
Un bon matin de mon enfer journalier, en marchant dans l'entrée d'une des belles maisons de mon quartier, j'ai trouvé une carte de crédit et une carte d'identité au sol.
Je n'ai fait ni une ni deux. J'ai sonné à la porte. Il devait être 5h00 du matin, mais bon, le petit Max n'était pas gêné.
Une dame m'ouvre la porte. Je lui demande si ce sont ses cartes. Elle pousse un grand « OUIIIIIII ! ». Elle m'explique qu'elle est arrivée d'un voyage dans le Sud la nuit dernière et qu'elle a dû tout échapper en sortant de l'auto. Elle était tellement contente qu'elle m'a donné des gros becs de grand-tante à Noël sur chaque joue.
Puis, elle ouvre sa sacoche et en sort... 20 $ ! Exactement le montant qu'il me manquait.
La morale de l'histoire
Ma vie a toujours été comme ça. Un mélange étrange d'être extrêmement chanceux, tout en étant coincé dans le goulag.
La semaine suivante, je me suis acheté mon Nintendo. Et quelques jours plus tard... j'ai démissionné de ma run de camelot. Du moins, je crois que j'ai démissionné, parce que j'ai tout simplement arrêté de le faire. Objectif atteint, on passe au prochain appel !
C'est ça, le Gros Bon Sens à 7 ans.







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