Popcorn, Vodka et Keith Haring : La rencontre et l'amitié de Max Doré avec Zilon Laser.
- Équipe Max Doré

- il y a 3 jours
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Dernière mise à jour : il y a 20 heures
À l'époque où je dirigeais ma marque de sous-vêtements UNDZ, j'avais une règle d'or : refuser la banalité. Pour y arriver, j'ai misé sur des collaborations hors norme avec des artistes établis pour créer des collections exclusives. On a travaillé avec des géants comme Marc Séguin, Ai Weiwei, le designer Walter Van Beirendonck, et même des pointures de la musique comme Famous Dex ou Joe Rocca.

Mais parmi toutes ces rencontres, il y en a une qui m'a profondément marqué, à la fois pour le génie de l'artiste et pour la tragédie de son histoire.
C'est l'histoire de ma rencontre avec Zilon (de son vrai nom Raymond Lavoie, décédé en 2023), une véritable légende de l'art underground et du street art au Québec.
La rencontre "No Bullshit"
L'œuvre de Zilon était raw. Un style graffiti, impulsif, nerveux, qui rappelait immédiatement l'énergie de Keith Haring. Il était immensément respecté dans le milieu underground à Montréal et aux États-Unis, mais il n'avait jamais vraiment obtenu la notoriété grand public qu'il méritait.
J'ai réussi à le contacter pour qu'on se rencontre dans un petit café miteux de Montréal. Dès les premières minutes, la connexion s'est établie. Zilon, c'était l'incarnation du no bullshit. Il disait tout ce qu'il pensait, directement, sans aucun filtre.
Mais sous cette carapace de punk assumé, une tristesse profonde et une frustration évidente émanaient de lui.
Le complexe de New York
Très vite, j'ai compris la source de sa colère. Zilon estimait qu'il méritait exactement le même sort, la même gloire planétaire que son ami Keith Haring.
Zilon avait commencé à tagger dans les rues de Montréal exactement à la même époque où Keith le faisait aux États-Unis. Les deux se connaissaient, ils s'étaient croisés dans le milieu underground new-yorkais. Pour Zilon, le drame de sa vie se résumait à une simple question de géographie :
« Keith était à New York... et moi j'étais à Montréal. »

Et honnêtement ? Il avait un maudit bon point. Quand tu regardes la puissance de son art, il méritait beaucoup plus. Attention, Zilon a quand même eu sa part de succès : il a collaboré avec de grands designers et a même créé l'univers visuel complet d'un jeu pour Ubisoft. Mais pour l'ego de Zilon, ce n'était pas assez. Il vivait dans l'ombre de ce qui aurait dû être.
« Popcorn et Vodka »
Malgré ce bagage lourd, on a décidé de faire notre collaboration UNDZ X Zilon. Je voulais organiser un gros événement de lancement. J'arrive avec mon idée de producteur : on le met sur un stage, avec de la bonne musique, et il peint une toile live devant le public.
Je lui expose mon concept. Il me regarde et me lance sa propre vision de la soirée : —
« POPCORN ET VODKA. »
Je le regarde, confus : « Quoi ? » — « Cet événement sera Popcorn et Vodka. »
Voilà Zilon en un mot. Il pensait autrement, et il n'en avait absolument rien à foutre de ce que les gens pensaient. L'idée m'a fait rire instantanément. C'était absurde, c'était punk, c'était parfait. Deal.

Pour préparer l'événement, je lui demande ce dont il a besoin comme matériel (toiles, pinceaux, éclairage...). Il me fait sa liste d'exigences :
Cinq gros marqueurs noirs d'une marque très précise.
Une caisse de 24 Heineken. That's it.
L'événement a eu lieu, et ce fut un succès retentissant.
Ce que Max Doré a appris comme leçon de Zilon Laser
Après cette collaboration, je suis resté en contact avec lui. Mais avec le temps, la relation est devenue lourde. Très lourde.
Je recevais parfois 5 à 10 textos par jour de sa part. C'étaient de longs messages remplis de frustration, où il ressassait son passé, son manque de reconnaissance, sa colère contre le milieu de l'art et, inévitablement, son obsession par rapport au succès de Keith Haring. La rancune le consumait. J'ai fini par le perdre de vue avec les années, jusqu'à ce que j'apprenne son décès en 2023.
Aujourd'hui, quand je repense à Zilon, je réalise qu'il m'a appris deux des plus grandes leçons de ma vie, l'une volontairement, l'autre malgré lui :
Il m'a appris à être moi-même sans m'excuser. Son concept de Popcorn et Vodka me rappelle que l'authenticité brute battra toujours les plans marketing corporatifs lisses. C'est l'essence même de ce que je bâtis aujourd'hui avec mon réseau de podcast indépendant.
Il m'a appris le danger mortel de vivre dans le passé. Zilon était un génie, mais il a laissé la frustration de ce qui aurait dû être détruire ce qui était. En affaires comme dans la vie, si tu passes ton temps à regarder le succès des autres ou à te plaindre que le système a été injuste envers toi, tu t'empoisonnes de l'intérieur.
RIP Zilon. Merci pour les marqueurs noirs, la Heineken, et la leçon de Gros Bon Sens.





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